N’écoutez pas toujours votre tête
Il se peut que vous ne soyez pas seul.e dedans
Quand j’ai démarré cette newsletter, j’ai d’abord fait une version où je voulais vous parler du mois d’octobre difficile que j’avais le sentiment de passer. Comme si tout s’écroulait dans mon petit monde, que toutes les portes se fermaient les unes derrière les autres. J’en étais là de mes constatations (et de mes plaintes) quand j’ai soudain eu une épiphanie : cette impression n’était pas réelle ; c’était un biais de confirmation.
J’allais vous raconter, donc, comment j’en arrivais à avoir envie de tout plaquer pour aller vendre des huiles essentielles sur les marchés (ou des chabichou, mais la chaîne du froid, ça m’angoisse). Parce que, je l’avoue, mon égo se prend des pelles et des râteaux de toutes sortes ces temps-ci.
Il y a mon premier livre qui ne se vend presque plus et qui risque de finir au pilon si ça ne change pas ; les éditeurs qui me refoulent par dizaines pour mon nouveau manuscrit, en appuyant toujours sur le même bouton - t’es pas assez connue, t’a pas assez vendu ; moi qui essaie de gagner en notoriété, du coup, et qui ne gagne que 3 followers par mois sur Instagram parce que mes Reels n’ont apparemment aucun intérêt (pow pow pow, attention les influenceuses, j’arrive) ; et, dernière petite confiserie en date, une conférence que je devais donner à Perpignan la semaine prochaine, qui est annulée car, je cite, “quasiment personne n’est inscrit” - hé, ne vous bousculez pas dans la file !
Ma première réaction, ces derniers jours, fut de poser mes fesses sur le canapé, les larmes au bord des yeux, et me répéter en boucle “tu vois, t’es nulle, tout le monde s’en fout de ce que tu fais et personne ne veut de toi”.
Ajoutons à cela quelques posts LinkedIn dans mon autre vie de consultante qui ont aussi fait de jolis bides, et des mails de prospection qui tombent apparemment dans la 4e dimension, et vous obtenez un joli petit cocktail de victimisation.
Et hier soir, d’un coup, ça m’a frappée : j’étais libre de voir la situation de deux façons différentes
Il y a une partie de moi qui, du fait de mon histoire, mes blessures, a tendance à voir le verre systématiquement à moitié vide. Cette part immature (on peut imaginer que c’est la petite fille que j’étais), veut me faire revivre sans cesse les mêmes expériences parce que, pour elle, la vie ne s’observe qu’à travers un filtre : celui du rejet.
Je crois n’avoir jamais parlé ici de mon enfance ; pour faire très court, d’un côté j’ai eu un père qui m’a larguée alors que je portais encore des couches, et de l’autre une mère ultra matriarcale, qui voulait le meilleur pour moi, mais dont l’exigence et la haute opinion qu’elle me portait m’ont laissé croire que, si je n’étais pas exceptionnelle, alors je ne serais jamais digne de son amour.
J’ai donc tout donné pour essayer d’être une vraie championne dans le sport que je me suis choisi - la gymnastique rythmique - ce qui m’a value d’être classée dans la catégorie des weirdos à l’école. Moquée, discriminée, mise à l’écart. Imaginez un peu la dualité : je voulais briller pour être aimée de ma mère mais, d’un autre côté, cela me condamnait à être rejetée par les autres.
Conséquence de quoi : pour la petite fille que j’étais, “quoi qu’il arrive, je ne pouvais pas être heureuse”.
Et cette phrase, c’est une ritournelle que je porte en moi. Un stigmate qui a coloré des années et des années de ma vie, avant que je n’en prenne conscience en thérapie. C’est une croyance tellement forte que, encore aujourd’hui, elle est capable de me faire voir la vie d’une façon plutôt qu’une autre.
Et en l’occurrence, ces dernières semaines : elle me faisait voir du rejet et du négatif partout.
Alors, j’ai pris de la hauteur.
Mais attention : d’abord, j’ai sombré. Il a fallu que je m’englue dans la déprime, persuadée d’être persécutée par l’univers, convaincue que l’histoire que je me racontais était la bonne. Je me prouvais par A+B que j’avais bien raison de penser ce que je pensais.
Puis je me suis souvenue de la petite fille. De sa fable. De ses peurs. Alors j’ai tenté de voir les choses avec mes yeux à moi, de 43 ans d’âge.
Et j’ai constaté.
La conférence est annulée ? Qu’à cela ne tienne, je suis épuisée par mes voyages incessants en TGV, dans le fond je suis soulagée de m’éviter ce trajet.
Mon manuscrit est refusé ? Peut-être que je devrais changer de sujet. Ou imaginer une autre façon de faire vivre mes textes.
Les réseaux sociaux ne m’aiment pas ? C’est moi qui n’ai pas le goût de l’influence.
Et quant à mon premier livre qui ne se vend plus, sans doute ai-je fait le tour de la question du cancer du sein. Dans un an, je serai officiellement en guérison complète. Ce livre ne fait que suivre ma pulsion de vie.
Même lorsque nous sommes convaincus d’être dans notre bon droit, il y a toujours une face A et une face B à la musique que l’on passe dans notre tête.
Mon expérience de tout cela, c’est que plus l’on se sent victime, persécuté.e par une force invisible, plus les chances sont grandes pour que ce soit une part douloureuse de nous-même qui cherche à s’exprimer. Et non la réalité.
Il y a quelques jours encore, j’étais littéralement en deuil. Je jouais les divas, tout de noir vêtue, avec l’envie de vous dire “laissez-moi là, je vais vous ralentir / cachez donc ce stylo plume qui veut ma mort / et dispersez mes cendres sur le toit d’Albin Michel”.
Je devais être assez cocasse, à vrai dire.
Alors que la version neutre de l’histoire, c’est que je suis juste une autrice qui, comme 99% de ses pairs, en chie sa race pour gagner moins que le prix d’un chai latte par exemplaire vendu, et qui pourrait céder son chat pour passer sur le plateau d’Augustin Trapenard (j’ai bien dit “le plateau”) (avouez, ça vous manquait mon humour douteux).
Méfions-nous de notre tête, donc. Elle a parfois encore plus d’imagination que les écrivains.
Bises et à la semaine prochaine.
Et sinon
Je veux bien renoncer temporairement au succès, mais pas à ce genre de bureau. (C’est mon nouveau fond d’écran depuis que j’ai lu Triste Monde Tragique et décidé de me remettre à la loi de la manifestation).




Ooooooh comme je te comprends , et je pense qu'on est nombreuses à te comprendre !! En fait on est une majorité à être dans ta situation mais on voit celles qui ont réussi, donc forcément, ça donne envie de voir ça en ode négatif ! Mais déjà bravo pour tout ce que tu as fait !
Que tu es inspirante et figure toi que j’ai eu la même prise de conscience que toi hier soir. La vie me roule dessus depuis des semaines. Je ne suis heureuse ni en amour, ni au travail. Je rêve de vivre de mon écriture mais je trouve nul tout ce que j’écris. Bref, drama queen plus que ça, impossible!
Et donc hier, je réalise qu’à force de me victimiser, je n’arrange pas mon ressenti, mon moral et la situation.
Tu l’as bien dit, parfois il faut vraiment toucher le fond pour revenir plus forte et surtout se rappeler que tout est question de perception.