Ralentir, c'est déjà agir
J’avais prévu tout un tas de sujets pour cette newsletter. Finalement, c’est le réel qui m’a rattrapée.
Rien de grave, pas de décès ou de maladie mortelle. Je relativise, donc. Néanmoins, j’ai le cœur serré et je passe par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel.
Avec l’amoureux, on avait le projet de se pacser. Si vous êtes nouveau / nouvelle ici, je vous replante le décor : 250 km nous séparent depuis deux ans et demi, avec une quasi impossibilité de trouver une issue à court terme. Parce que nous avons des enfants en garde alternée, et des vies bien remplies là où nous sommes.
Alors ce Pacs, c’était un peu la petite lumière. À mes yeux, en tout cas. Je crois que pour lui, c’était juste un morceau de papier. Mais pour moi, c’était plus que ça. C’était un élan, un bout de construction, une étape concrète dans un néant d’avancées par ailleurs.
Vous aurez remarqué que j’utilise le passé : on a appris qu’on ne pourrait finalement pas se pacser. La raison : nous n’avons pas de domicile commun. Si ce n’est pas le serpent qui se mord la queue, je ne sais pas ce que c’est.
Nous avons essayé de créer une forme de commun, parce que nous ne pouvons pas en avoir par ailleurs, mais finalement, l’état a décrété qu’on n’était pas un vrai couple si on ne vivait pas ensemble.
Et c’est con, mais ça m’a dévastée.
Je n’ai pas vu un simple écueil administratif, j’ai vu au contraire tout mon château de cartes déjà fébrile s’effondrer sous mes yeux, les bras ballants, impuissante à faire quoi que ce soit (puisque j’essaye déjà de faire un truc depuis des années sans succès).
L’ironie est que cela tombe dans une semaine particulière
Ma nouvelle coach m’a dit mardi - alors que je lui détaillais par le menu tout ce que j’ambitionnais de faire comme le perpétuel zébulon que je suis - que j’avais une seule mission à accomplir, là, maintenant : ralentir.
Elle a même ajouté : “ralentir, c’est déjà agir”
Je l’ai noté sur un post-it et collé devant moi, sur le mur de mon bureau, pour essayer de me l’approprier car, je vous assure, c’est totalement hors de mon spectre.
Alors que je m’apprêtais donc à passer la seconde dans mon couple - bon-en, mal-en - paf, je me fais ralentir. Et ç’a été un peu pareil avec tout, cette semaine. Des projets pas encore mûrs, des choses à affiner, des racines qui doivent encore cheminer dans la terre avant que le reste ne puisse pousser.
Du coup, je m’incline
Je ralentis. J’assure le courant, l’urgent, et je mets le reste de côté. Et c’est drôle car je lis plein de choses qui parlent de ça, maintenant, comme un biais de confirmation (je pense notamment au dernier texte de Marinette Lévy).
Et j’avoue, je commence à deviner les bienfaits de cesser de vouloir “faire à tout prix”. Dans mon business, cela me laisse mûrir et affiner les récentes décisions que j’ai prises (construire une offre qui aide les pros à s’approprier les outils d’IA pour leur communication, ndlr).
C’est un peu comme si j’avais agité un bocal rempli d’eau de rivière, ces trois derniers mois, en concevant cette nouvelle offre et que, maintenant, je laissais le limon et les sédiments redescendre pour retrouver de la clarté ; pour savoir exactement comment je propose tout ça.
Mais dans mon couple, là, je sèche un peu sur place
C’est facile pour moi de ralentir dans la construction de mon business, parce que je sais très bien que, d’ici trois mois maximum, je pourrai de nouveau avancer. Ç’en est une autre de ralentir sans savoir à quel moment les choses vont pouvoir se faire.
On ne compte pas en mois, dans notre histoire, on compte en années. En années consistant, peu ou prou, à accepter inconditionnellement la situation telle qu’elle est - c’est-à-dire, passer les 3/4 de notre temps séparés (statistique vérifiée) - sans voir de lumière au bout du tunnel. Sans être capables de se dire “notre vie ressemblera à ceci, ou cela”, car qui peut planifier précisément sa vie trois ans à l’avance, avec des gosses dont on ne sait même pas comment ils vont évoluer, et tout un tas d’autres paramètres incontrôlables ?
Vous allez me dire - comme mes copines qui me récupèrent régulièrement la morve au nez (je vous aime) - que le Pacs n’aurait rien changé. Et vous avez raison. Il me donnait l’illusion que cela avançait. Et puis, tout de même, il nous installait dans une symbolique, une forme de reconnaissance de notre entité de couple, à défaut d’avoir quoi que ce soit d’autre pour la matérialiser (aka, une vie commune, ou semi-commune si nous étions dans la même ville, en pouvant se voir quand bon nous semble).
Je dois ici nous seulement ralentir, mais surtout être dans ce que les anglo-saxons appellent “stilness”
J’aime ce mot, stilness, car il n’est pas aussi négatif “qu’immobile”, mais il implique une forme de suspend. Un peu comme la carte du Fou, dans les tarots divinatoires : il est suspendu par les pieds en attendant qu’on vienne le détacher.
Si on regarde sa traduction exacte, c’est le mot français “calme” qui ressort. Une forme de plénitude, donc, quelque chose de doux et moelleux à mettre à l’intérieur de soi. Ironie : plénitude est aussi le mot devant lequel je passe toutes mes journées de travail.

Mais pour le moment, aucune plénitude en moi
Je suis plutôt en guerre intérieure, en rébellion contre cette situation dont je ne veux plus, mais qui ne me laisse aucun choix valable. En colère, aussi, et ma colère se retourne parfois sur l’amoureux, parce que c’est nul mais il faut un coupable.
Je lui reproche d’être immobile, de ne pas être aussi rebelle que moi, de ne pas s’indigner. De ne pas chercher, comme je le fais, des solutions à s’en tirer tous les cheveux, alors qu’il n’y en a pas.
Lui, il accepte la situation. Il ne se pose pas d’autre question. Il me dit “ça vaut la peine qu’on s’accroche”.
J’ai l’impression qu’en m’agitant dans la recherche de solutions, je suis celle qui tire la locomotive de notre couple, alors qu’en fait, c’est lui le plus stable. Il est dans cet état de stilness qui laisse les racines s’enfoncer un peu plus et laisse la relation à l’épreuve du temps et des intempéries. Pour voir si, dans la tempête, ça tient quand même.
La preuve que l’écriture a des vertus, c’est qu’en commençant ce texte, je ne pensais pas le finir sur cette conclusion.
Je tournais plutôt en boucle avec ma colère et mon envie de secouer mon mec, voire de claquer la porte de chez lui comme une diva pour voir s’il réagirait.
Finalement, ralentir, c’est aussi revenir à sa propre souveraineté. Et se rappeler qu’il n’y a jamais de coupable à ce que l’on vit, et que nous restons maîtres de notre façon de réagir au monde et à ce qu’il nous fait expérimenter.
Dans cette nouvelle stilness, j’apprends à regarder la vie autrement. À l’accepter comme elle vient et à cesser de vouloir la contrôler par mes actions.
Je vous livre la 2e ironie ? L’épigraphe de mon livre, que j’ai publié il y a 3 ans : “Accepte la situation telle qu’elle est, et elle disparaîtra d’elle-même”.
Preuve que je suis encore une Matthieu Ricard en carton mais que, hé, je suis en amélioration continue ^^
À très vite,
Adeline



Mouchoir à ta morve et câlin à toi. On m’a récemment implanté un cocon doux et stillness à la base de l’auriculaire voyez... Je te souhaite un terreau doux tendre et prolifique pour tes racines en développement ❤️